Migrant industriel français assimilé à la « Shenzhen Speed »

Ils semblent lointains les jours heureux, ceux des Trente Glorieuses où Jean-Luc Lagardère était notre #ElonMusk français, avec la pandémie, la France a pris conscience de sa dramatique désindustrialisation, et de sa dépendance à la Chine. Comment réindustrialiser ? Les candidats à la présidentielle y vont tous de leur annonce, mais on peut se demander s’ils ont bien compris les enjeux.

Il y a vingt ans, la Chine intégrait l’Organisation mondiale du commerce (OMC), marquant le début d’une formidable conquête économique que l’on pourrait nommer les Vingt Glorieuses.

Au même moment, l’euro remplaçait le franc dans le porte-monnaie des Français et une usine de Philips au Mans produisait jusqu’à 25 millions de téléphones portables par an et comptait 2 600 salariés. J’avais 20 ans.

Migrant Industriel

Quelques années plus tard, je travaillais fièrement à la conception de ces mêmes téléphones Philips, au sein de l’équipe achats, de l’industrie de haute technologie, du design à l’ingénierie.

Puis après deux ans au Mans ponctués de délocalisations de l’outil de production et quelques plans sociaux jusqu’à l’ultime redressement judiciaire, je débarquais à l’aéroport de Hong Kong fin 2007 après un dernier repas de Noël familial, tel un jeune cadre dynamique de 25 ans. Toute ma vie était résumée dans deux valises en direction de la Chine, la vraie, celle des billets à l’effigie de Mao. Une heure plus tard, me voila arrivé en ferry à Shenzhen, la capitale du design électronique, dans l’usine du monde.

Le 28/12/2007 ferry de Hong Kong airport à Shenzhen Shekou, j’avais payé un surplus de 50 HKD (environ 5 EUR) en cash pour être en première 1ère classe avec le commandant de bord.

C’est ainsi que je fis mes premiers pas d’expatrié ou plus précisement ceux d’un migrant industriel français en Chine.

Bonne Année du Tigre… en cage

15 ans plus tard, la Chine est sous cloche, fermée depuis deux ans sous une stratégie Zero-covid qui se résume à la fermeture quasi hermétique de ses frontières avec au programme 21 jours de quarantaine pour tout entrant sur le territoire et tout autant de tests PCR.

Au-delà de connaissances nouvelles en épidémiologie, cette pandémie aura permis aux français de se rendre compte de l’envergure de notre désindustrialisation. Au plus fort de la crise sanitaire, nous manquions de tout.

Ce constat est le symptôme d’un mal plus profond encore, notre déclassement International.

La France, pays en voie de sous-développement ?

Si la France fait toujours bien partie du G8, la pandémie a laissé entrevoir une autre vérité : notre pays est le plus désindustrialisé d’Europe. Comme le rappelle Claude Sicard : « Notre secteur industriel n’emploie plus que 2,7 millions de personnes et ne contribue à la formation du PIB que pour 10 % seulement. » Autre chiffre affolant : en 2021 le pays est confronté au pire déficit commercial de son histoire pour atteindre 84,7 milliards d’euros en 2021 (soit 3,4 % du PIB). Serions-nous à l’aube de l’émergence du premier pays en voie de sous-développement ?

Serions-nous à l’aube d’une nouvelle révolution industrielle ou de l’émergence du premier pays en voie de sous-développement ?

Changement de braquet sémantique

L’objectif n’est plus de “lutter contre la désindustrialisation” mais bel et bien d’oeuvrer à la réindustrialisation de la France.

Réindustrialiser la France est un chantier ambitieux. Ils semblent lointains les jours heureux, ceux des Trente Glorieuses où Jean-Luc Lagardère était notre Elon Musk français, depuis lors la France s’est embourbée dans de mauvaises orientations politiques et économiques pour la plupart édictées à Bruxelles jusqu’à la synthèse chimérique de souveraineté européenne chère au locataire actuel de l’Elysée.

Argent Magique

Le chef de l’État a dévoilé le 12 octobre dernier un plan d’investissement de 30 milliards d’euros sur cinq ans pour développer la compétitivité industrielle et les technologies d’avenir en France dont 650 millions d’euros du plan de relance ont été attribués à des projets de réhabilitation des friches industrielles et un budget de 800 millions d’euros pour la robotique.

La France devrait aussi accueillir cette année une vingtaine de projets d’investissements industriels étrangers représentant un total de 4 milliards d’euros et environ 10 000 emplois sur le prochain quinquennat.

Objectif : 100 projets industriels par an

L’Etat vient de lancer un fond FrenchTech doté de 550 M€ pour des aides à des projets d’industrialisation.

Objectif : 100 projets industriels par an portés par des start-ups d’ici 2030.

Cette mise en place d’une politique ambitieuse de soutien à l’innovation est integrée dans le cadre du plan d’investissement France 2030 de la BPI.

Cet appel à projets « Première usine » vise à accélérer l’émergence de premières réussites d’industrialisation par des start-ups industrielles francaises.

La réindustrialisation électorale

Dans quelques semaines, l’un des candidats franchira la porte de l’Élysée en président. Quelles seront ses premières mesures pour réindustrialiser la France ?

Fabien Roussel (PCF) souhaite interdire les délocalisations. On parle de délocalisation lorsqu’il y a une substitution de production étrangère à une production française mais la désindustrialisation est un phénomène bien plus large que celui des seules délocalisations.

Visionnaire, en 2011, Jean-Luc Melenchon (LFI) avait proposé de “planifier la réintroduction d’un produit quand sa production n’existe plus en France ou en Europe”. Il avait notamment cité en exemple le paracétamol.

Dix ans plus tard, Jean-Luc Melenchon fait dans le générique

A la même époque, Marine Le Pen se présentait à sa première candidature à la présidentielle en « championne de la réindustrialisation » et pour la mise en place d’un « protectionnisme intelligent ».

Quant à Valérie Pécresse, la candidate LR appelle à l’action en rompant avec « les slogans creux » Qu’à cela ne tienne ! « réindustrialisons la France pour réduire notre empreinte carbone ! » voila le titre de sa tribune dans Le Point à la veille de la COP26 de Glasgow en Octobre 2021 ou comment ménager la chèvre et le choux. Elle y avoue deux lignes plus loin que la France ne représente que 1 % des émissions mondiales, et que « nous devons assumer notre part de responsabilité ». Faut-il donc comprendre 1% ?

Pour François Asselineau (UPR), la seule solution pour reprendre notre destin en main est de sortir de l’Union européenne et surtout de l’Euro tout comme le préconise l’anthropologue et démographe Emmanuel Todd.

Yannick Jadot (EELV) proposait cette semaine “un grand plan de réindustrialisation” afin de “reconstruire une société de la bienveillance où l’autre n’est plus une menace, un adversaire, mais un enrichissement, une ouverture.

Eric Zemmour est le seul à proposer une véritable politique de réindustrialisation sans effet de manche et autres éléments de langage.

D’une part via la mise en œuvre d’une réduction des impôts de production afin d’améliorer la compétitivité des entreprises. D’autre part en favorisant le made in France dans la commande publique. Enfin en proposant la suppression des droits de succession des entreprises familiales.

Alors que nos élites concentrent leurs efforts essentiellement sur la communication de ce qu’il y a de plus spectaculaire, comme ce fameux “Airbus des batteries” via un consortium européen visant à produire la batterie électrique des voitures du Vieux Continent, ils en oublient l’essentiel, redévelopper un tissu industriel complet, de la souveraineté énergétique, à l’extraction de minéraux industriels jusqu’à la production de masse, sachant que ce dernier point n’est pas facile à valoriser dans un message politique.

En d’autres termes, il faut mettre en œuvre une politique industrielle visant l’autonomie de l’ensemble de la chaîne de la valeur, de l’atome à la sortie d’usine.

C’est exactement ce que réalise la Chine avec son projet de Greater Bay Area en référence à la Bay Area de San Francisco et sa Silicon Valley. La GBA inclut Shenzhen, Hong Kong, Macao, Canton, Zhuhai et 6 autres villes satellites dans un rayon de 200kms. En l’espace de 40 ans Shenzhen est devenu une mégapole industrielle de 18 millions d’habitants.

Shenzhen Speed

On me demande souvent quelles sont les clés de la réussite de Shenzhen.

Ce que j’ai compris à la suite de ces 15 dernières années vivant dans le coeur nucléaire de la GBA, c’est que tout est a portée de main. La proximité de tous les acteurs de la chaine de la valeur industrielle est un atout de poids considérable. Tout va plus vite.

Pour référence, lorsque je recevais un fournisseur au Mans, c’était quasiment un évenement puisque tous les fournisseurs de la téléphonie mobile étaient déja presque uniquement localisés en Asie.

Aujourd’hui, lorsque nous avons besoin d’un composant, nous le recevons dans l’heure. C’est ce qu’on appelle la “Shenzhen Speed

Afin de faire face aux multiples défis de ce siècle dont le réchauffement climatique, la France doit réinventer son industrie si celle-ci souhaite jouer un rôle majeur dans le monde mais pour cela il faut sauver la France.

Chacun a ses ambitions, la gauche souhaite sauver le monde, Emmanuel Macron l’Europe et Eric Zemmour la France.

Il s’agit donc d’établir les jalons d’une vision à long terme afin d’encourager la réindustrialisation de la France. De nombreuses mesures doivent être appliquées afin de venir en aide aux entreprises et faciliter le développement d’un tissu industriel complet pour plus d’autonomie.

Le second tour de l’élection présidentielle aura lieu le 24 avril, ce sera la Saint Fidèle, qui vient du latin fides : “foi”.

Ayons-foi en notre renouveau industriel français.

Quel que soit le vainqueur, il devra faire vite : car si la France veut pouvoir un jour rattraper la Shenzhen Speed, elle doit se mettre au travail dès le 24 avril 2022.

--

--

Founder & CEO at Omate @OmateOfficial #IoT #Telecom #Wearable. Co-Founder at Oclean @OcleanOfficial #Healthcare.

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store
Laurent Le Pen

Founder & CEO at Omate @OmateOfficial #IoT #Telecom #Wearable. Co-Founder at Oclean @OcleanOfficial #Healthcare.